Il est 14 h. La plénière reprend, le déjeuner était bon, et la salle a la consistance d’un coussin. Vous avez trente minutes avant le prochain atelier, et un groupe à rallumer. Voici ce qui marche, et surtout pourquoi.
Le corps d’abord, les mots après
Un groupe assoupi n’écoute pas, mais il peut bouger. Alors on commence par là : debout, les mains, les pieds. Une frappe simple, reprise par tout le monde, avant même d’avoir expliqué quoi que ce soit. Le corps entraîne l’attention bien plus vite que l’inverse, et le rythme est le terrain commun le plus rapide qui existe : il n’a besoin ni de vocabulaire, ni de niveau, ni de bonne volonté. Il a besoin de deux mains.
Personne n’est seul en scène
La peur du ridicule éteint une salle plus sûrement que le déjeuner. Un bon icebreaker ne demande jamais à quelqu’un de se produire devant les autres. Tout le monde fait la même chose, en même temps, et le son des autres couvre le vôtre. Dans un cercle, il n’y a pas de premier rang. On ose parce qu’on est caché dans le groupe, et c’est précisément là que le groupe se fabrique.
L’historien William H. McNeill a consacré un livre à ce phénomène, Keeping Together in Time, en 1995 : bouger ensemble, en cadence, produit un sentiment d’appartenance qu’il appelait le lien musculaire. Les armées et les danseurs le savent depuis longtemps. En 2009, Scott Wiltermuth et Chip Heath ont montré que des personnes qui venaient de marcher ou de chanter en synchronie coopéraient ensuite davantage. On n’a pas besoin de ces travaux pour l’entendre, mais ils disent la même chose que la salle.
Simple, puis un peu moins
Trente minutes, c’est court, et c’est assez pour une progression : une pulsation, puis une réponse, puis deux groupes qui se répondent, puis quelque chose que personne n’aurait cru possible à 14 h. Chaque étape doit réussir avant la suivante. On ne complique pas pour impressionner : on complique parce que la salle le demande, et elle le demande toujours plus tôt qu’on ne croit.
Finir fort, et finir
Le dernier coup est frappé par tout le monde, en même temps, et il résonne. Puis on s’arrête, exactement là. Un icebreaker qui dure trop longtemps devient un atelier, et un atelier qui n’était pas prévu fatigue. L’énergie doit repartir avec les gens dans la pièce d’à côté.
Rien à préparer de votre côté : une salle, des chaises qu’on peut pousser, et un groupe qui ne se doute de rien. Le format est dans les ateliers, et la date se cale ici.